Chimio-embolisation des tumeurs hépatiques

Injection de chimiothérapie directement dans les artères qui nourrissent la tumeur hépatique, combinée à l'obstruction de ces artères pour concentrer et prolonger l'effet du traitement.

Oncologie interventionnelle

Chimio-embolisation des tumeurs hépatiques

Synonymes : chimio-embolisation hépatique, TACE

Contexte et indications

La chimio-embolisation transartérielle (TACE) est un traitement loco-régional du carcinome hépatocellulaire (CHC) qui combine l'injection intra-artérielle d'un agent de chimiothérapie avec l'embolisation des artères nourricières de la tumeur. Elle est le traitement de référence du CHC de stade intermédiaire (BCLC B : multinodulaire, fonction hépatique préservée, absence d'envahissement vasculaire).

La TACE peut être conventionnelle (cTACE : chimiothérapie mélangée au Lipiodol + particules de gélatine) ou par billes chargées (DEB-TACE : Drug-Eluting Beads libérant progressivement la chimiothérapie). Elle est également utilisée comme traitement d'attente avant transplantation hépatique (bridge/downstaging).

Bilan préalable

Le bilan comprend une IRM hépatique (cartographie tumorale), un scanner thoraco-abdomino-pelvien, un bilan biologique hépatique complet (Child-Pugh A-B7 requis), un dosage AFP, et une discussion en RCP. La TACE est contre-indiquée en cas de Child-Pugh C, de thrombose portale principale, ou de shunt artério-porte significatif.

Déroulement de l'intervention

Sous anesthésie locale et sédation, un cathéter est introduit par l'artère fémorale. Sous guidage fluoroscopique, les artères hépatiques nourricières de la tumeur sont cathétérisées de manière sélective ou super-sélective. Pour la cTACE, un mélange de doxorubicine (ou cisplatine) et de Lipiodol est injecté, suivi de particules de gélatine pour l'embolisation. Pour la DEB-TACE, des microsphères chargées en doxorubicine (100-300 ou 300-500 µm) sont injectées. L'intervention dure 1 à 2 heures et peut nécessiter plusieurs séances espacées de 4-8 semaines.

Résultats et données scientifiques

Deux essais randomisés (Llovet et al., The Lancet, 2002 ; DOI : 10.1016/S0140-6736(02)07906-1 ; Lo et al., Hepatology, 2002 ; DOI : 10.1053/jhep.2002.33156) ont démontré un bénéfice de survie significatif de la TACE par rapport au traitement symptomatique pour le CHC non résécable : survie médiane de 20-28 mois vs 16 mois. Le taux de réponse objective (mRECIST) est de 50-70 %. La DEB-TACE offre une toxicité systémique moindre que la cTACE avec une efficacité similaire.

Risques et complications

Syndrome post-embolisation (douleur abdominale, nausées, fièvre : 60-80 %, résolutif en 3-7 jours), décompensation hépatique transitoire (10-15 %), insuffisance hépatique sévère (< 3 %, surtout si Child-Pugh B avancé), abcès hépatique (< 2 %), cholécystite ischémique (< 1 %). La mortalité à 30 jours est de 1-3 %.

Suites et récupération

Hospitalisation 2-3 nuits pour gestion du syndrome post-embolisation. IRM de contrôle à 4-6 semaines pour évaluer la réponse (critères mRECIST). Les séances sont répétées selon la réponse tumorale (concept « on demand »).

Modalités pratiques

L'intervention est réalisée en courte hospitalisation. Elle est pratiquée par un radiologue interventionnel oncologue, en coordination avec l'hépatologue et l'oncologue.